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Institut du Philigénisme

Philosophie citoyenne Transmettre

XVI. Anticiper plutôt que posticiper

Anticiper coûte toujours moins cher que réparer ; encore faut-il accepter de payer avant la crise.

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Nous savons agir dans l’urgence ; nous ne savons plus agir avant. Anticiper n’est pas prédire : c’est regarder ce que nous savons déjà de demain.

Nous savons agir dans l’urgence ; nous ne savons plus agir avant. Ce réflexe est devenu si constant qu’il fallait un mot pour le nommer, et ce mot, je ne l’ai pas inventé : je l’ai entendu.

J’ai repris le mot posticiper au sociologue Michel Maffesoli, à qui j’en laisse la paternité ; le concept, lui, est profondément philigénien et je le fais mien. Posticiper, c’est décider après coup : laisser la rupture arriver, puis réparer au prix fort en appelant cela une réforme. Anticiper, c’est décider avant : agir quand le problème est déjà visible mais pas encore installé, tant que le coût reste supportable et que le choix demeure ouvert. Une société qui ne fait que posticiper finit par subir ce qu’elle aurait pu choisir.

Anticiper n’est pas prédire. Je ne demande à personne de deviner l’avenir, mais de regarder ce que nous savons déjà de demain : les cinq ruptures issues du livret IV Transmettre ne sont pas des hypothèses, ce sont des faits datés et déjà engagés. La philosophie citoyenne distingue alors trois niveaux d’action, et l’ordre dans lequel on les traite décide de tout. La réparation intervient après le dommage, quand il ne reste plus qu’à payer. La prévention agit avant, sur les causes, et coûte toujours moins cher. La transmission va plus loin : elle prépare ce que la génération suivante recevra. Un pays qui s’en tient au premier niveau s’épuise à colmater.

Anticiper n’est pas une intention, c’est une discipline : toute décision publique importante devrait porter sa trajectoire à cinq, dix et trente ans, sa lecture évaluative et un responsable identifiable. Sans cela, la complexité devient une manière d’organiser l’impuissance. Rendre l’avenir à nouveau désirable est aujourd’hui un acte de réparation, rendu nécessaire par des décennies de posticipation ; une fois ce cycle accompli, il ne s’agira plus de réparer, mais de ne plus jamais avoir à le faire.

Anticiper coûte toujours moins cher que réparer ; encore faut-il accepter de payer avant la crise.

Télécharger la grille des trajectoires à cinq, dix et trente ans.

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