Philosophie citoyenne S’engager
XXV. Par où commençons-nous ?
Rendre l’avenir désirable n’est pas un programme à voter : c’est une manière de décider, disponible dès aujourd’hui.
Reste la seule objection qui compte : est-ce faisable ? Rien de ce qui est proposé n’est inédit ; ces réussites existent, dispersées et jamais reliées. Le travail n’est pas d’inventer, il est de relier et de généraliser.
Il me reste à répondre à la seule objection qui compte vraiment. Non pas « est-ce souhaitable ? », mais « est-ce faisable ? ». Vingt-quatre chapitres ont décrit un pays à reprendre en main, et je comprends qu’au terme d’une telle lecture on puisse se dire que c’est trop, trop vaste, trop lourd, trop tard. Je ne le crois pas, et je veux dire précisément pourquoi.
D’abord parce qu’elle ne demande pas de tout reconstruire, mais de changer le critère de décision, et ce changement-là ne coûte rien : il suffit de poser à chaque projet, à chaque budget, à chaque loi la question qui traverse ce digest. Une même administration, avec les mêmes agents et le même budget, ne produit pas les mêmes décisions selon qu’elle est jugée sur son activité ou sur ce qu’elle laisse. Ensuite parce que rien de ce que je propose n’est inédit : le droit au répit existe déjà quelque part, la coordination territoriale fonctionne déjà dans des dizaines de communes, la comptabilité de transmission se pratique déjà sans se nommer. Ces réussites sont dispersées, jamais reliées. Le travail n’est pas d’inventer, il est de relier et de généraliser.
Je propose donc une trajectoire, parce qu’une philosophie citoyenne sans calendrier n’est qu’un vœu. Les cent premiers jours ne coûtent presque rien et se décident d’un trait : appliquer les quatre niveaux de lecture à toute décision publique importante, rendre publiques les trajectoires à cinq, dix et trente ans, désigner un responsable identifiable par politique publique, reconnaître et financer le temps de coordination des métiers du lien, ouvrir la fusion de l’Office national des forêts et de l’Office français de la biodiversité. Rien là n’exige de réforme constitutionnelle : ce sont des décisions d’exécutif et de méthode.
Les cinq premières années demandent du courage et une majorité : simplifier l’architecture territoriale autour du socle communal, installer le droit à la bifurcation professionnelle et transformer France Travail en agence des trajectoires, généraliser les territoires d’Alliance Vivante avec leurs deux fonctions, ouvrir le compte de contribution citoyenne, faire de la parentalité une politique publique à part entière, engager les cinq souverainetés. Les trente ans enfin ne relèvent plus d’un mandat : c’est le temps de la Philicratie, celui d’une génération qui aura repris l’habitude de trier, de réparer et de transmettre. Aucun gouvernement ne le fera seul, et c’est précisément ce qui rend la chose possible : ce que l’on ne peut pas imposer en cinq ans, on peut l’installer en trente si l’on ne change pas de cap.
Reste le plus important. Rien de tout cela n’attend une élection. Les cinq qualités du Philigénien s’exercent dès demain matin, dans une entreprise, une classe, une association, un conseil municipal, une famille. Un maire qui rend ses décisions lisibles fait de l’intelligibilité démocratique ; un chef d’entreprise qui préfère la durée au volume fait de l’économie de transmission ; un parent qui accepte de trier ce qu’il lègue fait de la responsabilité générationnelle. La complexité de notre époque est réelle, l’histoire pèse, les retards sont là ; aucune de ces choses n’interdit le premier pas, et le premier pas est toujours petit.
Rendre l’avenir désirable n’est pas un programme à voter : c’est une manière de décider, disponible dès aujourd’hui.
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